La formation, sera-t-elle la grande gagnante de la crise sanitaire ?

par 14/09/2021Juridique, Marketing0 commentaires

Note de conjoncture 

Le 17 mars 2020, la France entrait en confinement. Un an et demi se sont passés. C’est court et long en même temps, mais cela permet de commencer à dégager les grandes lignes sur les conséquences économiques et sociales pour le secteur de la formation. La formation, a-t-elle été la grande perdante ou la grande gagnante de la crise sanitaire ? S’agira-t-il comme certains le proposent une fois le déconfinement terminé d’un retour à la situation d’avant ou de l’entrée dans un nouveau monde ? 

1, La réactivité du gouvernement 

Le FNE Formation a permis au Ministère du Travail de réutiliser un dispositif créé en 2013 pour répondre à la situation sanitaire particulière. L’instruction du Ministère date du 9 avril 2020, soit moins d’un mois après le lancement du confinement. On peut noter la mobilisation extraordinaire de la DIRECCTE qui n’a jamais si bien porté son nom dans son implication directe dans le financement de la formation, profiter du chômage partiel pour se former à distance. En 2020, cela a concerné 366 milliers de salariés (Source DGEFP, janvier 2021).  

Que peut-on en dire ? 366 000 salariés du secteur privé, cela représente moins de 2 % de l’ensemble de salariés (19 millions) … autrement dit 98 % n’ont pas profité du dispositif. Aujourd’hui, le dispositif demeure avec quelques modifications, il reste toujours 500 000 personnes en chômage partiel (20 % des chômeurs), le fameux “quoi qu’il en coûte”. On peut noter que ce sont les grands groupes qui ont profité principalement de ce dispositif et assez peu les PME, ce qui est un problème récurrent dans le fléchage des fonds de la formation. 

La conséquence n’est pas tant la qualification des salariés que la numérisation des organismes de formation. En janvier 2020, 72 % des organismes de formation proposaient 100 % de leurs prestations en présentiel exclusivement. Aujourd’hui, grâce à la massification des classes virtuelles, les trois-quarts des organismes de formation comptent après le déconfinement proposer des prestations en numérique. Autrement dit, le FNE Formation a permis le passage à l’acte dans le numérique. C’est l’ouverture à de nouveaux usages, le début de l’aventure, et çà, c’est une très bonne nouvelle. 

2, La scalabilité en construction 

Sous réserve d’une nouvelle crise sanitaire, la situation économique s’améliore, la France pourrait revenir à la normale, c’est-à-dire le retour à la situation de 2019, pour la fin de l’année, selon la Banque de France. Tout le monde ne s’en sort pas si bien. Une partie de l’économie a profité largement du confinement, cette part est estimée à 20 % de l’activité. C’est clairement le numérique, au point d’avoir une pénurie de main d’œuvre dans les métiers du numérique : community managers, codeurs, … alors qu’une autre part avec aussi 20 % comme l’hostellerie, la restauration, le transport, … souffre énormément avec un fort besoin de restructurations. Christian Saint Etienne estime à 2 millions le nombre de salariés à former dans les 18 prochains mois.  

Et si l’on rajoute que le confinement a permis de gagner, suivant les études, entre 4 et 8 ans dans la numérisation des métiers. Il faudrait former 8 ans en 1 an. Selon les dernières enquêtes des Besoins de Main d’Œuvres (BMO 2021), les informaticiens sont les deuxièmes besoins les plus importants, derrière les aides à domiciles et les aides ménagères. Les besoins en formation sont énormes et c’est sans parler de la création de nouveau métier. En effet, Pôle Emploi estime que 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore. 9 ans pour former 85 % des emplois. 

Mais Christian Saint Etienne considère qu’en l’état actuel la filière formative ne peut produire, toute chose étant égale par ailleurs, qu’une surproduction de 300 à 400 milles formés supplémentaires. 400 000, 2 millions, il faut donc trouver des alternatives. C’est tout le charme du numérique, la scalabilité. La même ressource peut être utilisée à l’infini sans perdre de sa valeur. Reste à sortir de la pédagogie numérique triste pour réenchanter ce support de formation, la scalabilité heureuse. 

3, Non aux NEET 

Le gouvernement a décidé d’engager la solidarité nationale pour lutter contre les NEET (Not in Education, Employment or Training), les jeunes de 15 à 24 ans que l’on estime aujourd’hui en France à 1,6 millions. Et le gouvernement est prêt à s’engager dans le financement pour monétiser le marché. Aujourd’hui, 100 000 décrocheurs sont pris en charge, l’objectif serait d’atteindre 1 million, ce qui est particulièrement ambitieux avec un public qu’il est difficile d’atteindre. D’ailleurs, Pôle Emploi et les missions locales se disent incompétents sans un investissement majeur… l’idée est sans doute d’associer le public et le privé pour assurer une gouvernance nouvelle. Il y a un potentiel de croissance. 

Il ne s’agit pas que de solidarité, mais d’investissement. Selon une étude de Patrick Aubert, Bruno Crépon et Philippe Zamora de 2009, un effort de formation moyen dans une entreprise augmente la productivité de l’ordre de 0.8 % à 1.2 % pour une formation de 11 heures ou encore un taux de formé de 37 % ou des dépenses de l’ordre de 445 euros. Selon d’autres études, une année de formation augmenterait la productivité de 7 à 9 %, si l’on compare à la bourse 5,5 % (moyenne sur les 200 derniers année), l’investissement en formation quel que soit le public est très rentable. 

L’offre de formation ne souffre pas d’absence de demande, ni même de demande monétisable. C’est plus un enjeu d’innovation de la filière. Pour répondre à la demande, il est nécessaire d’effectuer une révolution schumpétérienne. Une offre qui permette une nouvelle industrialisation des produits de formation. C’est tout l’enjeu de la gouvernance de la filière EdTech. Quelle place l’Etat va choisir pour dynamiser l’articulation privé-public ? Ce qui est extraordinaire, c’est que nous sommes à un moment où tout est possible… et suivant la réponse qui sera proposée, c’est la souveraineté nationale de demain qui se dessine aujourd’hui. 

Fait à Paris, le 14 septembre 2021, publié par Focus RH

@StephaneDiebold