Faut-il faire des formations sur Clubhouse ?

par 27/04/2021Organisation, Pédagogie, Technologie0 commentaires

Clubhouse est la success story de l’année qui n’est pas encore finie. Deux créateurs, Paul Davison et Rohan Seth ont lancé en avril 2020 leur application et voilà qu’en avril 2021, elle est estimée à 4 milliards de dollars. 4 milliards en moins d’un an. C’est tout simplement extraordinaire, mais de quoi s’agit-il ? Et surtout, qu’est-ce que cela peut apporter au monde de la formation ? D’ailleurs, cela a-t-il un sens ?  

1, Qu’est-ce qui se passe avec Clubhouse ?  

Il s’agit de créer des “rooms” de dialogue audio pour discuter ou pour écouter les discussions des autres en direct. Clubhouse est le Zoom de l’audio avec du One to few et/ou du One to many. Le grand succès de cette application est d’avoir su créer de la valeur perçue par les utilisateurs, ce que d’autres applications n’avaient pas encore réussi. Comment ont-ils fait ? Tout d’abord, ils ont choisi de se lancer sur l’iPhone, et donc profiter du positionnement haut de gamme de la marque à la pomme, la love brand. Et dans leurs usages, ils ont augmenté la sélectivité, on ne peut assister aux rooms que sur invitation, cela flatte l’invité et donne de la valeur sociale à l’invitation. Autant de raison qui améliore l’appétence pour ce réseau social audio. 

Mais ce qui a lancé Clubhouse, c’est de savoir créer l’événement, l’extraordinaire. On peut rencontrer des personnalités extraordinaires du monde de la tech comme Marc Zuckerberg par exemple ou des journalistes reconnus, et mêmes certains rappeurs. Et surtout, Clubhouse connaît un ambassadeur de la marque en la personne d’Elon Musk, et il sait faire le show. Le 13 février 2021 a invité le Président russe, Vladimir Poutine, sur Clubhouse, le Kremlin étudie toujours la question, mais n’est pas contre par principe. Quelle promotion ! Clubhouse, c’est the place to be. 

Ce capital marketing est d’autant plus important que la technologie n’est pas un atout spécifique. Il n’y a pas de barrière technologique à l’entrée, de brevet qui protégerait l’outil. C’est la raison pour laquelle, l’ensemble des réseaux sociaux tentent de surfer sur la vague en proposant des alternatives. LinkedIn prépare un “Live audio room”, Facebook aussi, ou encore Telegram, mais d’autres sont déjà là avec Discord qui propose des rooms pour gamers et Twitter qui devrait sortir sa solution en mai avec Space. La course est lancée. Clubhouse tente d’obtenir la taille nécessaire pour garder son leadership, il faut accroître les téléchargements le plus vite possible d’où une nouvelle levée de fonds. Et les concurrents tentent d’investir Android, laissé libre par Clubhouse, pour profiter du premier arrivé, premier servi. Facebook annonce pour l’été tout un écosystème audio avec en plus un véritable algorithme audio. 

2, Et la formation dans tout ça ? 

Aujourd’hui, c’est extraordinaire, on peut apprendre des plus grands. Entendre et interroger les meilleurs. En France de par son développement plus tardif, on aurait 50 000 utilisateurs, mais beaucoup de beau monde. Qui veut apprendre avec Xavier Niels ? Clubhouse a une place particulière dans le Vox learning, à côté des podcasts qui sont des outils extraordinaires pour l’enseignement, dont la définition étymologique est “donner du sens au signe” de façon synchrone. Avec Clubhouse, il s’agit de créer l’événement. Ce n’est plus un enseignant qui enseigne, mais un échange avec des néophytes et/ou entre experts, en live. C’est le fameux FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de rater quelque chose ou dit autrement le plaisir d’être surpris. C’est tout le charme du live, il peut toujours se passer quelque chose. Cela devient un outil de transmission des connaissances particulièrement intéressant dans la formation.  

Clubhouse est en phase de démarrage, les early adopters sont souvent des experts, des décideurs qui testent l’outil et qui font le show avec une liberté de parole que l’on ne retrouve plus sur les réseaux sociaux traditionnels qui sont devenu des espaces de censures mainstream. La privatisation d’Internet permet le parler vrai. Et cette “authenticité” est recherchée par les auditeurs. Mais avec la démocratisation attendue de l’application, la privatisation risque de poser des problèmes de qualité, il faudra choisir ses salons de discussion avec plus de parcimonie, comme sur tous les autres réseaux sociaux. La démocratisation des évents posera le problème du choix. Il faudra un responsable de formation qui sélectionne et valide les rooms proposées aux apprenants.  

Pour pallier ce phénomène et de garder en son sein les meilleurs, Clubhouse a proposé une monétisation des rooms sur le modèle de Tipee, chacun donne ce qu’il veut, s’ils le veulent et l’appli ne prélève rien (pour l’instant). Mais l’idée est particulièrement intelligente pour garder les meilleurs experts. Cela suppose de choisir des formateurs différemment, il ne s’agit plus de choisir des transmetteurs de contenus, mais des influenceurs dans leur domaine, des animateurs au sens étymologique. Le métier de formateur retrouve de la valeur face aux pédagogues et à la seule transmission de contenu, ils doivent donner de la saveur au savoir. Et tout le monde n’est pas aussi doué… et, ça s’entend. 

3, Clubhouse favorise l’engagement dans l’apprentissage 

L’audio favorise l’engagement par rapport à la vidéo. Le poids de l’image freine bon nombre d’interventions, peur de ne pas être légitime. L’audio lève cette réserve, l’excitation du direct, fait que l’on est stimulé pour intervenir et si la marche n’est pas trop haute, alors tout devient possible. L’usage se construit, mais d’ores et déjà, certains proposent la création d’un tchat qui n’existe pas pour permettre à plus de monde de participer. Sortir des 10 % proactifs qui font le show et qui monopolise la parole. D’autres proposent d’enregistrer les rooms, cela permet une audience plus forte avec une interactivité asynchrone, un podcast Clubhouse. Tout est bon pour un écosystème qui se lance, à condition de ne pas perdre sa cohérence et sa promesse produit. 

Mais l’engagement a un autre atout majeur… l’animation de la room. C’est le métier de l’animateur que de savoir susciter l’engagement. Il ne s’agit pas de faire des discours d’expertise que de donner l’envie d’intervenir, de laisser de la place aux auditeurs, de les interpeller pour leur permettre de franchir le pas. Autrement dit, c’est une corde nouvelle qui vient dans la professionnalisation des formateurs. D’ailleurs, les animateurs devront aussi faire face aux trolls, comme dans n’importe quelle formation, et l’application les aident. L’animateur choisit ceux qui rentre dans la room, elle protège la parole et surtout, c’est l’animateur qui donne la parole à ceux qui “lèvent la main”, l’animateur est le gestionnaire de sa room. Il doit susciter le débat “à sa façon”. 

Clubhouse devrait connaître une évolution qui favorisera le choix des rooms : c’est le choix du réseau. Aujourd’hui, choisir Discord, c’est choisir une orientation gaming, ce qui devrait être passionnant pour des serious games. La plateforme se positionne comme disent les marketeurs. LinkedIn sera plutôt professionnel et les autres pour exister devraient rechercher des positionnements alternatifs. Clubhouse gardera peut-être un positionnement généraliste, à moins que ce soit Facebook qui prenne le lead. La formation, aura-t-elle son réseau et ses rooms ? 

Alors, faut-il faire de la formation sur Clubhouse ? Si vous avez un iPhone, la réponse est “oui”. Personne ne sait quel sera l’avenir de Clubhouse, certains parlent déjà d’effondrement. Le très bon Pressecitron parle de chute de 72 % des téléchargements en mars 2021… L’avenir nous dira le devenir de Clubhouse, mais ce qui est intéressant, c’est comme le disait Marshall McLuhan, “le médium est le message”, autrement dit chaque média a sa grammaire, sa pédagogique et ses codes d’animation, et le rôle de la formation est de développer sa courbe d’apprentissage pour ses nouveaux produits afin d’acquérir des compétences indispensables avec ou sans Clubhouse. C’est un learning lab extraordinaire à la professionnalisation des métiers de la formation pour pratiquer aujourd’hui les formes de la formation de demain. 

Fait à Paris, le 21 avril 2021 

@StephaneDiebold