Le snack content, va-t-il révolutionner la pédagogie ?

par 27/09/2021Marketing, Pédagogie0 commentaires

Le snack content, ou sa traduction le micro contenu, est une expression née selon Théo Hug en 2002. D’autres préfèrent la notion de “nuggets learning” qui a l’avantage d’une double signification, “nuggets”, en anglais, signifie tout à la fois “pépite d’or” et “croquette de poulet”, la formation devient fast-food, des pépites qui nourrissent, facilement ingurgitées. Cette façon de consommer de la formation est-elle une tendance lourde ou un phénomène de mode qui passera avec le temps ? Le snack content, va-t-il révolutionner la pédagogie ? 

1, Le snack content est une réponse à l’infobésité 

La saturation des esprits est un problème pour la formation. Comme l’a montré Yves Citton (2014), l’attention est un élément majeur de la gestion des apprenants. Sans attention, on est sûr qu’il n’y aura pas d’apprentissage et à trop solliciter l’attention on finit par créer un burn-out attentionnel, on tue la capacité d’apprendre. Le snack content est une bonne réponse de l’offre à la gestion du temps de cerveau disponible de l’apprenant. Un fast-food de la formation pour un temps qui s’accélère. 

Mais, cela pose une question stratégique : est-ce que c’est au contenu de s’adapter à l’apprenant ou à l’apprenant à s’adapter au contenu ? La réponse dépend des périodes. Prenons un exemple différent, la collection du roman le “Club des cinq”. Cette collection britannique arrive en France en 1955 et depuis 2000, Hachette, qui la possède, ne cesse d’édulcorer le contenu : 400 lignes de textes en moins, simplification des mots ou suppression du passé simple ainsi que du subjonctif au motif de s’ouvrir au plus grand nombre. Faut-il adapter les contenus aux apprenants ou les apprenants aux contenus ? Le 20ème siècle était celui des savoirs, c’était l’apprenant qui allait au savoir, alors que le 21ème siècle c’est le savoir qui va à l’apprenant, l’apprenant-roi. 

Avec une remarque, s’adapter aux apprenants nécessite de connaître les apprenants. Quelles sont les attentes des apprenants ? Comment veulent-ils apprendre ? Aujourd’hui, on n’en sait rien, il n’existe que très peu d’analyses sur les comportements et les attentes des apprenants. C’est tout le travail du marketing de la formation, un marketing de la demande, mettre en place des outils d’écoute des apprenants pour pouvoir adapter les contenus. Cette écoute repose sur les techniques de marketing traditionnelles est fondé sur la verbalisation de leurs attentes, mais aussi, sur un marketing contemporain avec l’étude des éléments de motivation non-conscientes des apprenants, ce que certains appellent le neuromarketing, comprendre au-delà des mots. Sans cette politique de connaissance, le snack content restera une réponse en blind test, une offre qui n’écoute pas sa demande.   

2, La taille ne fait rien à l’affaire 

Si l’on observe les réactions des apprenants, on s’aperçoit que sur YouTube une vidéo explicative de 5 minutes sera toujours préférée à une vidéo d’1 heure pour répondre à la même question. Et, cela va plus loin, 3 minutes sera préférée à 5 minutes. Et si en plus on accélère la diffusion de 1,5, la vidéo de 3 minutes peut faire 2 minutes en accéléré. Plus c’est court, plus c’est bon. L’affaire est-elle entendue ? 

Effectivement, pour un contenu pénible mieux vaut écourter l’épreuve, mais si le contenu est passionnant, alors l’apprenant peut choisir des contenus longs. C’est toute la question de la qualité de la formation et de la socialisation des apprentissages : s’il existe un enjeu et que l’histoire est bien racontée, l’apprenant pourra prendre temps de la pédagogie longue. La longueur du débat de fait rien à l’affaire, c’est la qualité qui est en jeu, un contenu bien raconter fait toute la différence. Autrement dit, si l’on reprend Christian Salmon, le storytelling et le clash sont des facteurs essentiels pour l’attention dans la durée. Tout miser sur la durée seule est une erreur pédagogique. 

L’écriture des formations nécessite de rendre passionnant des contenus, c’est le grand retour de l’émotion dans les pédagogies rationalisations du 20ème siècle. Faire de la formation une aventure apprenante. C’est une nouvelle grammaire des savoirs qui nécessite trouver un rythme varié avec des accélérations, des ralentissements apprenants, du descendant, mais aussi du montant avec une écriture qui ciselle les contenus avec du teasing, des punch lines qui rythment le cheminement. C’est une nouvelle dynamique qui réinterroge tout à la fois les métiers de l’animation et de la pédagogie. 

3, Pour une esthétisation des contenus 

Cette esthétisation empruntée à Gilles Lipovetsky et à Jean Serroy (L’esthétisation du monde, vivre à l’âge du capitalisme artiste, 2013) repositionne les créateurs de formation comme des artistes, des artisans qui utilisent les ars de la formation, les outils, pour favoriser la transmission des connaissances et des compétences. Et le numérique propose des outils nouveaux qui se renouvellent sans cesse que la formation doit appréhender pour proposer une ambition particulière aux apprenants. La vulgarisation, qui rend accessible au plus grand nombre, n’est pas incompatible avec une ambition sociale. 

C’est tout le sens de la citation de Pierre Corneille, dans le Cid : “à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire”. Le problème de la formation n’est pas tant de ciseler une pédagogie que de faire rêver l’apprenant, de lui proposer un moment extra-ordinaire porté ensemble. Et l’épreuve devient un moment de partage dont on peut être fier. Les pédagogues deviennent des designers en réintroduisant l’émotion pour mettre en œuvre l’apprenant. L’émotion et la motivation ont une racine commune tout comme le mouvement.  

Pour donner un exemple, TEMNA propose une expérience de snack content assez intéressante : les 100 livres qu’il faut avoir lu en formation, résumés en 300 mots seulement, pour susciter l’intérêt de chaque ouvrage pour les métiers de la formation. Vulgarisation, oui, mais avec des auteurs comme Homère, Parménide, Socrate… une autre façon de consommer de façon fast-food des auteurs majeurs. Certains en profiteront peut-être pour lire, ou relire ces auteurs, mais la majorité de contentera de cette présentation, et c’est très bien, car elle permet à tous d’acquérir un socle commun de connaissances. D’autres expériences de mini-séries sont testées avec le Dico, les 100 mots qui font la formation (50 mots par définition), les 100 gratuiciels ou les 100 veilles commentées (en 100 mots). Si l’expérience vous tente, nous lançons une newsletter gratuite pour vous tenir au courant, inscrivez-vous https://temna.fr/newsletter/  

Savoir si le snack content est une bonne solution est véritablement une question de formation. La formation est un apprentissage socialisé. C’est ce que la société choisit comme forme de formation. Tout est bon si la société le désire, mais il ne faut pas confondre la carte et le territoire. Le snack content est un outil au service d’un projet, sans projet quel que soit l’outil, il demeure modeste. Ceux qui s’intéressent plus à l’outil, c’est souvent qu’ils ont peu à proposer comme projet…et pourtant il y a tant à faire. Le snack content n’est donc pas la solution, mais la question au service d’une solution, et ça, ça fait la différence. 

Fait à Paris, le 28 septembre 2021 

@StephaneDiebold