Qu’est-ce que la 5G va changer en formation ?

par 14/09/2020Organisation, Pédagogie, Technologie0 commentaires

Le premier octobre 2020, l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) a attribué les fréquences 5G, 11 blocs (4 à Orange, 3 SFR, 2 à Bouygues Telecom et 2 à Free). Une nouvelle aventure va être lancée, quelle conséquence cela pourrait-il avoir sur la formation ? Quels nouveaux usages seront possibles ? Faut-il se préparer dès maintenant ou attendre plus tard ?

La 5G va-t-il révolutionner les usages ? La 2G a permis le remplacement global de l’analogique par le numérique, la 3G, en 2000, a permis l’émergence des communautés, ce qu’a poursuivi la 4G, en 2012…  

 1, Que va-t-il se passer fin 2020 avec la 5G ? 

Avant le 30 septembre 2020, la France va mettre aux enchères des bandes de fréquences auprès des 4 opérateurs historiques : Free, Bouygues, Orange et SFR. 

Cela va s’opérer en deux temps. Le premier temps, 2020, l’ARCEP va attribuer des fréquences de la bande de 3,4 à 3,8 Gigahertz, qu’on appelle la 5G NSA (Non Stand Alone). La 5G NSA sera assez proche d’une 4G, mais 10 fois plus rapide. La vraie rupture de la 5G se fera dans un second temps en 2023 avec l’attribution de bandes de 26 Gigahertz, ce que l’on appelle la 5G SA (Stand Alone). Qu’est-ce qu’une fréquence ? Une fréquence est comme une autoroute. Plus il y a de voies, plus les voitures peuvent circuler en grands nombres. En 2020, l’ARCEP mettra à disposition 11 voies de 10 gigahertz chacune. Alors qu’en 2023, avec les 26 gigahertz, on aura 40 voies de 10 gigahertz disponibles. Les opérateurs vont pouvoir faire circuler beaucoup plus de données, ce qui est particulièrement vrai en heures de pointe. Plus on a de voies, plus on fait passer de data. Ce qui compte dans les fréquences, c’est la largeur de la bande disponible. 

L’investissement dans les infrastructures est un point de départ avec une courbe d’apprentissage. Orange a déjà lancé la 5G en Roumanie depuis 2019. Mais aujourd’hui et ceci malgré des pressions américaine le leader incontesté reste le chinois Huawei qui détenait 37 % du marché mondial des smartphone 5G du monde entier. La donne peut changer d’ici à la fin de l’année, Apple vient d’annoncer que tous ses iPhones seront en 5G d’ici à la fin de l’année. C’est le début de la compétition… Europe a quelques acteurs comme Erickson, Nokia ou le français Orange, mais rien de comparable. La 5G peut commencer son aventure… 

2, La 5G pour quels usages ? 

Connaître les usages d’un produit qui n’est pas encore disponible est de l’ordre du domaine de la prémonition. Si l’on regarde les générations précédentes, qui aurait pu prévoir lors du lancement de la 4G, en 2012, que le fait que la 4G soit 10 fois plus rapide que la 3G assurerait l’émergence d’usage comme Netflix, Uber, Facebook, … même si leur lancement avait été antérieur leur usage n’a été possible que grâce la 4G. Autrement dit, on lance un potentiel dont on ne connaît pas encore les usages. De quoi peuvent être fait les nouvelles pratiques ? 

Si l’on suit l’Union Internationale des Télécommunications, institution des Nations Unies, le chargement d’un film HD, haute définition, prend 6 minutes avec la 4G et ne prendra que quelques secondes avec la 5G. Beaucoup plus de support pourront être téléchargé dans le monde. Mais s’il est possible de télécharger un film en quelques secondes, il faut toujours 1 heure et demi environ pour le regarder. Les usages ne seront plus limités par les téléchargements, mais par “le temps de cerveau disponible”. Tout devenant plus ou moins à disposition, reste le choix et l’usage… 

Avec la 5G la latence sera 10 fois plus faible que précédemment. La latence étant le temps de réception entre l’envoi et la réception d’une information.  Les nouvelles capacités de latence permettent d’envisager de nouvelles expériences pour les hommes comme pour les objets. Elle permet la prise en main à distance “en temps réel”. La première opération chirurgicale à distance a été effectué en 2001 par le CHU de Strasbourg où le patient a subi une ablation de la vésicule biliaire par un chirurgien qui se trouvait à New York. La démocratisation va pouvoir se faire, il est fort à parier que les premières expériences seraient le e-sport ou le gaming, tous peuvent jouer ensemble en même temps. La 5G va déployer encore plus le Saas, Software as a service. 

La 5G va permettre de connecter les objets entre eux sans l’intermédiation de l’homme. C’est l’internet des objets, l’IoT. Aujourd’hui, il y a 8 milliards d’objets connectés dans le monde, c’est à dire plus que le nombre d’habitants. Et d’ici à 2024, le chiffre devrait atteindre 14 milliards d’objets. L’usage la plus populaire sera la voiture autonome de niveau 5. C’est ce que Joel de Rosnay constatait l’homme rentre dans l’ordinateur, au lieu d’être en face de la machine, c’est son environnement qui entre en interaction avec lui. Cela ouvre des perspectives extraordinaires. 

Avec une remarque, tout reste à faire… y compris les modèles économiques. 

3, Quels usages peut-on espérer en formation ? 

Comme le reste, nous le saurons a posteriori. Mais cela n’empêche en rien d’imaginer dès aujourd’hui un devenir possible. Si l’on reprend la massification de la diffusion, la réactivité et l’IoT de nombreux usages pourraient être possible. 

Le premier type d’usage pédagogique pourrait être ce que Cisco appelle la “vidéoification” de la formation. Comme la bande passante permet des gros débits, la vidéo va pouvoir se généraliser dans les usages pour atteindre, toujours selon Cisco, entre 75 % et 80 % du trafic en 2023.  Les innovations en bande passante et en qualité de la compression et de la décompression permettent tous les espoirs. On a pu que l’Université de Londres avait réalisé cette performance, qui n’est pas de la 5G, mais qui est une bonne base line, de télécharger tout le contenu de Netflix en moins d’une seconde. Qui dit mieux ?  Pourquoi expliquer une situation si on peut la filmer ? Pourquoi filmer soit même si l’apprenant peut le faire, c’est tout le sens du Learner Generated Content (LGC)… une nouvelle pédagogie ainsi qu’une nouvelle animation iconographique se construit sous nos yeux.  

La seconde grande innovation devrait toucher les pédagogies immersives, les XR, que ce soit la réalité virtuelle ou la réalité augmentée qui deviennent mobile, fini d’apprendre seul dans sa chambre ou son bureau avec le fameux one to one. Les expériences existent déjà reste à les penser mobile. Mais peut-on aller plus loin. Serait-il possible de réinventer les conférences, les cours, les ateliers, les tutorats, le coaching, les AFEST de demain ? Facebook, après le Vive de HTC, lance Oculus Rooms une véritable relation socialisée 3D. Oculus Rooms sera-t-il le Zoom de demain ? 

La troisième piste que la 5G va favoriser la massification des datas surtout avec l’explosion des IoT. Cette massification nécessite une intelligence artificielle pour a minima traiter l’information. A minima cela permettra une adaptive learning avec des enrichissements comme l’expérience apprenante “sans couture”, il peut commencer sur l’écran du bureau poursuive dans ses déplacements et terminer chez lui, à son rythme. Mais c’est surtout le fait de construire une nouvelle relation avec son environnement. Si les objets communiquent sans les hommes, ils peuvent comprendre les besoins avant qu’ils voient le jour, la formation pourrait donc devenir non pas une réponse à un besoin, mais une réponse à une envie qui n’est pas encore là, voir même changer les objets pour qu’ils ne posent plus de problèmes.  

Le monde des possibles est infini avec la 5G. Mais avec une remarque, le potentiel d’une technologie ne fait pas une formation. La formation est une convention sociale… autrement dit une décision partagée. C’est la société qui fait la technologie autant que la technologie qui fait la société. A nous de savoir le type de société que nous voulons proposer grâce aux opportunités de la 5G. Avec une remarque complémentaire, la France à une place particulière dans l’histoire de la formation professionnelle, si on laisse les opportunités de la 5G aux entreprises privées, c’est que l’on choisit une certaine forme de formation… et si la majorité des entreprises sont étrangères, il y a aussi là, aussi une question de souveraineté nationale. Comme quoi la 5G, pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponse… 

Fait à Paris, le 14 septembre 2020, dernière modification 05 octobre 2020, publié par Focus RH

@StephaneDiebold