Qu’est-ce qu’une relation apprenante ?

par 12/10/2020Marketing, Organisation, Pédagogie0 commentaires

LES FONDAMENTAUX DE LA FORMATION. 

Le terme de “relation apprenante” s’est imposé dans la littérature et dans les conférences comme un des nouveaux buzzworlds de la formation. S’agit-il d’une novlangue pour ne rien changer ou d’une véritable évolution structurante de la formation qui émerge ? Qu’est-ce que la relation apprenante représente vraiment ? 

1, Une relation apprenante est plus qu’une interaction apprenante 

Une formation est une forme sociale, une façon normée d’apprendre. Parler de formation, c’est parler d’un standard qui est reconnu socialement.  La société fait formation autant que la formation fait société.  C’est ainsi que l’Organisation Scientifique de la Formation (OSF) répondait à un besoin de connaissances de compétences du début du siècle dernier. Cette standardisation de la formation a trouvé, comme l’a montré Benjamin Coriat dans l’atelier et le chronomètre (1979) son développement et son efficacité dans le passage du monde agricole au monde industriel. C’est ce que l’on appelle la massification de la formation. Un effort sans précédent pour former en grande quantité. 

La fin du 20e siècle s’est traduit par un double phénomène : la montée en puissance de la société des individus comme l’a illustré l’ouvrage éponyme de Norman Elias (1987) et la montée en puissance du numérique avec le développement Personal Computer (PC) d’IBM (1981). C’est ce le début de l’interaction individuelle de la formation, le fameux One-to-one, qui se caractérise par une augmentation du nombre de contacts apprenants, la formation devient multicanale. Le multicanal le plus classique le blended learning qui mixte présentiel et distanciel. La pédagogie organise le cross canal, un canal qui appelle un autre et inversement, c’est le début des écosystèmes apprenants avec la multiplication des supports. 

Et la relation apprenante ? C’est une suite normale après la multiplication des points de contacts que de tenter de les mettre en perspective. La première action de la relation apprenante est de tenir compte de l’historique des données des apprenants et de proposer une véritable individualisation de la formation en fonction des préférences de chaque apprenant. La relation apprenante sort de la standardisation des apprenants avec des profilages plus ou moins bien construit pour engager une véritable connaissance de l’apprenant. En tenant compte de son simple historique, on est capable de connaître l’apprenant mieux qu’il ne se connaît lui-même et ainsi lui apporter une personnalisation push/pull de la formation. 

Avec une remarque particulière, cette mise en perspective réinterroge sur la finalité de la formation, on pourrait dire que dans le storytelling de la fonction, il devient nécessaire de définir ce qu’on appellerait aujourd’hui, la raison d’être de la formation. Former, mais pour quelle finalité ? La relation apprenante, c’est un historique, mais aussi un devenir propre à chaque entreprise.  

2, Une relation apprenante est plus qu’une relation rationalisante 

Parler de relation apprenante nécessite de définir le type de relation que la formation organise. La tradition est que la relation sur le modèle de Max Weber soit rationalisée. A l’époque, le début du 20ème siècle, la raison était synonyme de progrès social avec la fameuse OSF. Dans les années 70, là où la forme contemporaine la formation a été constituée cette idée de relation rationalisante était socialement bienvenu, puisque le temps était la confrontation et à la défiance. La rationalisation de la formation permettait de construire un objet social acceptable par toutes les parties. On peut se rappeler qu’à l’époque les partenaires sociaux révolutionnaires penser que la formation était le bras armé du grand capital et une façon d’aliéner les ouvriers. La neutralité apparente de la raison permettait à chacun d’y trouver ses propres raisons. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? 

Dès les années 80, avec la création du CIF, on a assisté au développement des outils d’individualisation de la formation : CIF, VAE, DIF, CEP, CPF, … à force de redonner la main aux apprenants, il fallait s’attendre à ce qu’il la prenne. Et si la rationalisation était le fait des organisations, les apprenants veulent une autre relation. Michel Maffesoli dans son ouvrage Homo eroticus (2012) a montré l’importance de développer en plus d’une relation rationalisante, une relation émotionnelle qu’il appelle une “raison sensible”, ce que d’autres appelle le réenchantement de la formation. Ce mouvement, qui débute dans la relation client avec le travail de Donald Norman, trouve un débouché avec les Learner eXperiences (LX) qui introduit dans la relation des composantes comme l’ergonomie, le design, l’émotion… autour de communion apprenante. Donner l’envie d’apprendre à chacun pour s’engager dans un projet pour tous. C’est le travail du marketing de la formation qui nourrit affectivement le contenu de la relation. 

3, Une relation apprenante est plus qu’une coproduction individuelle 

Si la relation apprenante de la fin du siècle dernier et du début de ce siècle était très centrée sur l’individualisation, dans une relation One-to-one, aujourd’hui le monde a changé et l’apprenant n’est plus perçu dans sa seule singularité, mais dans sa façon spécifique de se socialiser. Michel Maffesoli avait parlé du Temps des tribus (1988) une façon de penser les réseaux sociaux comme un facteur majeur de la façon d’apprendre. Qui apprend tout seul hormis les sociopathes ? L’homme a besoin du mimétisme et de la contagion émotionnelle pour apprendre. C’est le phénomène des communautés apprenantes qui permet d’apprendre seul ensemble, c’est à dire de choisir seul d’apprendre ensemble. La relation apprenante s’enrichit du commun.  

Le pilotage de la relation apprenante au sein de communautés trouve une originalité dans son management. C’est le pair à pair. Il s’agit d’inverser la pyramide du transfert, au lieu de partir classiquement des sachants vers les apprenants, on part des apprenants vers les sachants, avec deux types d’indicateur le taux de satisfaction des apprenants et leur taux d’engagement. L’engagement devient un vecteur de réussite d’une formation. L’engagement suprême, aujourd’hui, est le LGC, le Learner Generated Content, faire en sorte que ce soient les apprenants eux-mêmes qui apportent les grains de formation laissant à l’animateur et au pédagogue le soin de réagréger ces grains pour en faire un parcours apprenant qui atteigne les objectifs pédagogiques. La chance inouïe que propose la relation apprenante ainsi constituée, est que tout à la fois la confiance opéra, l’apprenant à apprenant est plus crédible, et que les sujets abordés seront au plus proche des préoccupations de chacun favorisant une proximité terrain que la formation avait parfois perdu. 

Comment conclure ? Le numérique a fortement favorisé ou accompagné le pilotage de la relation apprenante, et l’étape suivante devrait être les politiques de big data pour aller au plus près des apprenants, ce devrait être un progrès social important pour l’apprendre en entreprise. On le voit la relation apprenante est un outil au service du changement de paradigme formatif, si le 20ème siècle fut le siècle des experts, le 21ème siècle sera celui des apprenants. Le rôle du responsable de formation est de devenir un responsable des apprenants (http://affen.fr/organisation/le-responsable-de-formation-est-mort-vive-le-responsable-des-apprenants/) avec un besoin d’animation de la relation pour fidéliser les apprenants autour de l’envie d’apprendre. Savoir surprendre, donner envie avec une vraie ambition… de trans-former encore et encore les connaissances et les compétences de chacun au sein d’une aventure collective. Car au final, on a toujours les relations que l’on mérite. 

Fait à Paris, le 13 octobre 2020 

@StephaneDiebold