Watch party, un nouvel usage pour dynamiser le e-learning

par 13/07/2020Pédagogie, Technologie0 commentaires

Après Netflix, Twitch, YouTube, Disney plus, Amazone Prime lance en juin 2020 son Watch party, ou co-watching, sur le territoire américain, jusqu’à 100 spectateurs ensemble pour regarder un film ou une série télé… voilà une fonctionnalité qui trouve ses marques dans la social télévision, après avoir, dès 2018, été testé par Facebook dans les réseaux sociaux. Quel avenir cet usage peut-il avoir en formation ? Comment intégrer cette pratique dans une pédagogique efficace ? Cela a-t-il du sens ? 

1, Pourquoi la Watch party révolutionne le e-learning ? 

Le e-learning est né dans les années 80, grâce à la démocratisation de ses supports avec deux dates importantes : 1981, et le lancement du Personal Computer, le fameux PC d’IBM et 1983, avec le lancement du non moins fameux Macintosh d’Apple. C’est l’émergence de l’ordinateur individuel à grande échelle, et donc du support pour le e-learning contemporain, chacun pouvait apprendre avec sa propre la machine. Ce fut un moment pédagogique extraordinaire, une liberté d’apprendre à son rythme, dans une posture où l’apprenant était seul face à la machine. On mettait sur disquette des ressources pédagogiques que l’apprenant pouvait visionner à son rythme. C’est là que naquit les “formations sur étagère”. Mais l’apprenant s’est vite aperçu que cette liberté pédagogique s’accompagnait d’une difficulté, apprendre seul face à la machine, le seul devient vite pénible. D’où un bad buzz, apprendre en e-learning c’est beaucoup moins agréable. Et c’est vrai qu’apprendre seul nécessite une beaucoup plus forte motivation. 

En 2007, le e-learning a connu un nouveau saut pédagogique, le développement du streaming, le “live” pour réanimer les ressources pédagogiques auto-animées. Netflix a été la première à proposer des usages à grande échelle pour le streaming. Cela a permis l’émergence d’une nouvelle posture pédagogique, la classe virtuelle et corrélativement, l’émergence de nouveaux acteurs, en France, Classilio est né en 2008. La classe virtuelle a connu ses heures de gloire avec le confinement et l’explosion des usages de nouveaux acteurs comme Zoom. La Watch party s’inscrit dans ce type d’usage : réunir à un moment donné, en “live”, un groupe d’apprenant pour regarder ensemble une vidéo ou écouter un podcast audio et ainsi pouvoir mettre ses commentaires à chaud sur le tchat et réagir aux commentaires des autres. Un bel outil d’animation de pédagogies inversées ou de communautés apprenantes. Animation signifie redonner vie. Mais la Watch party peut aller plus loin. Comme sur Amazone prime, lorsque l’on visionne un film, le spectateur peut solliciter des ressources annexes, comme connaître le nom des acteurs, du réalisateur, leur biographie, des éléments de contextualisation, … ce que l’on appelle le “rich media” ou plus généralement un écosystème. En suivant ce même modèle, la pédagogie e-learning permet de construire des niveaux de lecture, un écosystème apprenant au gré de l’usager pour enrichir le cœur du message de textes, d’images, de ressources complémentaires, de liens, de chabots, des quiz, des groupes de paroles, …. 

La Watch party ouvre un réenchantement du e-learning canal historique, 1.0, pour remettre l’apprenant au centre des ressources pédagogiques avec un véritable travail d’écriture autour du LX, Learner eXperience, et non plus, comme traditionnellement, sur la seule transmission des contenus. 

2, Comment faire une Watch party ? 

Il existe plusieurs solutions possibles comme : https://sync-tube.de/, https://synchtu.be/, https://togethertube.com/, ou même YouTube avec sa possibilité de programmer la date et l’heure de sortie d’une vidéo, ce qui change, c’est l’environnement et les fonctionnalités autour du visionnage. L’ensemble des propositions sont des gratuiciels. La référence dans le domaine est  www.watch2gether.com. Il offre la possibilité créer un salon gratuitement et même sans créer de compte ad hoc, ce qui est idéal pour réaliser un test.  

Les apprenants recevront un lien avec l’information de l’heure de début et de fin… la synchronisation créera une urgence pour mobiliser les apprenants. Il y a toujours la possibilité de suivre le replay en déféré, mais sans la vie et les commentaires des synchrones qui s’expriment sur le tchat. Wath2gether permet de voir un certain nombre de portraits d’apprenant pour voir en mode galerie leur réaction en physique, ce qui augmente encore le taux d’engagement des apprenants. Dans la vidéo, il est possible de proposer des challenges, “le premier qui a gagné…” et chacun ouvre son navigateur pour faire ses propres recherches sur le sujet. Autrement, dit l’outil nécessite d’écrire une pédagogie pour optimiser les usages. 

N’hésitez pas à nous mettre en commentaire sur la page de LinkedIn de l’AFFEN vos expériences sur l’ensemble des outils et/ou sur votre écosystème autour de la Watch party,  www.linkedin.com/company/affen    

3, La Watch party, est-elle déjà dépassée ? 

Certains proposent des solutions V2 de la Watch party. C’est le cas d’HTC qui propose une Watch party en 3D. HTC étant un créateur de casques virtuels, il est cohérent dans sa stratégie de promouvoir les usages pour positionner son produit. Il s’agit de “Sync”, https://sync.vive.com, lancé en mai 2020, qui est en version bêta. On peut créer un espace 3D, qui nous ressemble ou en fonction de la finalité de la thématique, inviter des personnes qui vont devoir créer un avatar, à partir d’avatars standardisés, et grâce au casque 3D, on va pouvoir regarder un film ensemble regarder les réactions de nos camarades et de profiter comme sur une Watch party classique, des réactions directes du groupe, ce qu’il dit, mais aussi ce qu’il fait. HTC réalise le vieux rêve de Mark Zuckerberg lorsqu’il a racheté Oculus en 2014. L’avenir dira qui a eu raison, puisque Facebook est resté à ce jour sur la Watch party canal historique. 

Qu’en penser ? 

Si le e-learning est né de la posture pédagogique “one to one”, l’homme face à la machine avec de vraies réussites dans le domaine de la scalabilité et de l’industrialisation de la transmission des contenus… il portait en germe un défaut originel l’absence du collectif. Tant que la machine à produire de la formation était assez forte pour contraindre l’apprenant, les résultats était importants, mas avec la montée en puissance de “l’apprenant roi”, il devient nécessaire de réinventer le collectif avec des usages 2.0. Après avoir émietté le e-learning, il est nécessaire de le resocialiser. C’est tout l’intérêt de la Watch party, redonner du sens à la formation et réenchanger ce que Stendhal appelait la “cristallisation” des savoirs, redonner de la saveur au savoir… 

Stéphane Diebold, fait à Paris le 13 juillet 2020