2020, les formateurs humanoïdes arrivent…

par 26/05/2020Technologie0 commentaires

Samsung a fait une annonce majeure au CES de Las Vega en janvier 2020… la naissance de Neon, le premier agent conversationnel humanoïde. C’est un grand saut pour les chatbots, tchat-bot, les robots parlants. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur la formation ? Les formateurs humanoïdes, sont-ils de la science-fiction ou peuvent-ils avoir un avenir à court terme pour la formation des entreprises ? Qu’est-ce que les responsables de formation doivent en penser ? 

Samsung avait lancé “Bixby” un agent vocal… mais sans trouver sa place. Il faut dire qu’avec la concurrence d’Alexia et de Google Assistant ce n’était pas chose facile sur un marché qui n’est pas très large, d’autant qu’il existe d’autres outsiders de poids comme Siri d’Apple depuis 2011. Face à la chronique d’une mort annoncée, le géant coréen a proposé une offre différenciante… Neon. Il ne s’agit pas tant de concurrencer la qualité sémantique de la conversation que la qualité émotionnelle, et ça fait toute la différence. Une véritable stratégie alternative. La vidéo de démonstration présentée par Samsung est bluffante https://www.youtube.com/watch?v=Q6f6EXX-79w&feature=youtu.be et son explication quoique succincte markete bien l’événement comme on peut le voir sur le site de Star Labs https://www.neon.life/ … Il s’agit de créer un “être virtuel qui ressemble et se comporte comme un vrai humain, avec la capacité de montrer ses émotions et son intelligence”. 

L’invention est là, et s’il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce, on assiste réellement à un saut qualitatif de la technique. Il s’agirait d’un mélange des techniques du film Avatar (2009) et des techniques des Deepfakes… mais la nouveauté c’est que la modélisation ex nihilo permet la démocratisation de son usage.  

1, les nouveaux humanoïdes règlent le problème de la “vallée dérangeante” 

En 1970, le roboticien japonais Masahiro MORI avait théorisé ce phénomène : si un robot ressemble trop à un être humain, cela crée un sentiment de malaise. C’est la raison pour laquelle, les robots sont dessinés pour être clairement des objets non-humanoïdes souvent inspirés des “toons” comme l’illustre l’ensemble des tests réalisés dans les écoles avec des taux d’acceptation proche des 100 %. Mais les humanoïdes non… Pourquoi ? Parce que les mouvements, et particulièrement les micro-signaux, n’étaient pas proches des mouvements humains. Les théories des émotions, de Paul Ekman par exemple, montre que ce sont ces micro-signaux qui permettent de comprendre l’autre, et que cette compréhension est plus importante que l’expression verbale stricto sensu. L’humanoïde se présentait jusqu’alors comme un homme que l’on ne pouvait pas comprendre cela inquiétait le cerveau humain qui ne savait qu’en penser. A telle enseigne, qu’un humanoïde présenté à des enfants faisait peur et les faisait pleurer. Avec la modélisation des micro-signaux, et leur synchronisation avec le verbe et le geste, l’humanoïde ne fait plus peur, le robot devient humain. 

2, les nouveaux humanoïdes sont tes amis. 

Le psychiatre et psychanalyste Serge TISSERON avait écrit en 2015 un ouvrage sur l’interface homme machine : “Le jour où mon robot m’aimera” avec en base line “vers l’empathie artificielle”. L’empathie, cette capacité à comprendre l’autre, sans que rien ne soit dit… et pourtant tout compris, c’est le travail des neurones miroirs et de la lecture des micro-signaux. L’empathie est le fait de comprendre ce que ressent l’autre. Avec le potentiel de Neon, le robot produit des émotions que le cerveau comprend ce qui suscite l’empathie, et même parfois d’aller plus loin, en partageant les émotions et les sentiments que la machine exprime, être en sympathie. L’amitié, l’amour, mais aussi la confiance, l’authenticité, l’autorité passent par ce type de circuit relationnel. Ces nouveaux humanoïdes vont donc pouvoir comme les précédents nous nourrir rationnellement avec la raison rationnelle, mais aussi émotionnellement avec la raison sensible. L’homme pourrait avoir des amis humanoïdes qui l’accompagnent tout au long de la vie, en lui permettant de donner le meilleur de lui…  

3, les nouveaux humanoïdes meilleurs que les humains 

Des humanoïdes inspirants, favorisant la contagion émotionnelle cette faculté qui fait qu’un animateur excelle dans l’art de transmettre… On connaissait déjà la robotique sociale qui avait créé des robots compagnons avec des capacités d’interactions et de formation via la répétition de maladies dégénératives, qui rendent bien des services. Mais l’IA non supervisée fait de grands progrès, et malgré des critiques importantes, la question de l’humanoïde formateur pose de moins en moins de problème technique. Des avantages non-négligeables : avoir un professeur, un formateur, un mentor, un coach, un tuteur, … disponible 24 heures sur 24 pour s’adapter aux rythmes de chacun. Et si les humanoïdes formateurs se dotent de l’émotion avec une interaction plus forte, Neon pourra connaître nos réactions, notre état émotionnel et s’adapter au plus juste… un potentiel qui surpasse de plus loin encore le formateur humain. 

Alors que penser ? 

Tout d’abord un potentiel ne fait pas plus une réalité, qu’une hirondelle ne fait le printemps. Et que le temps est venu à aborder la construction des usages… que l’invention se fasse innovation. 

Et si l’on se permet le temps long, La Mettrie a pensé “L’homme machine” (1747), ce qui a favorisé le progressisme, aujourd’hui on voit “La machine homme” avec les humanoïdes… ce qui pourrait conduire à un nouveau progrès social. Ray Kurweil évalue dans une quinzaine d’années avec sa fameuse Singularité. La vraie question est de savoir si le changement doit être pensé ou s’il doit être subi… pour que le progrès social soit un progrès choisi. 

Stéphane Diebold, Paris, le 26 mai 2020