Qu’est-ce que la blockchain va changer en formation ?

par 5/10/2020Organisation, Technologie0 commentaires

Cet article faisait suite à la conférence de l’AFFEN à l’OCDE sur la blockchain et la formation le 23 mars 2018 à Paris. Un grand merci à tous les participants et voici les axes de ma présentation. 

Le premier « block » fut défini en 2008, date aussi de la création du premier bitcoin, voilà pourquoi la blockchain est souvent associée au bitcoin, une monnaie hautement spéculative… donc hautement risqué tant en opportunités qu’en dangers. Mais la technologie de la blockchain va bien au-delà des crypto-monnaies. En 2018, le Ministre de l’économie Bruno Lemaire se proposait de faire de la France “la première place de l’innovation blockchain d’Europe”, la France une “terre de blockchain” ? Le virus de la blockchain, a-t-il contaminé le monde de la formation ? La blockchain, a-t-elle un sens en formation ? Où en est-on dans la crypto-formation ?  

L’ETNA (Ecole des Technologies Numériques Appliquées) et le groupe SII (Société pour l’informatique industrielle) propose un MOOC ( www.my-mooc.com/fr/mooc/decryptez-le-phenomene-blockchain/) pour décrypter le phénomène blockchain, 70 heures de cours qui sont une belle introduction. Quels en sont les usages possibles en formation ? 

1, La blockchain est un réseau social sécurisé 

La blockchain est un réseau numérique privé, chaque membre est doté d’un « token », un jeton d’authentification, pour avoir le droit de participer à la chaîne du réseau et de créer un block. Le token permet une sécurisation à condition de ne pas perdre son jeton. Le cryptage est une technologie sécure, à ce jour non hacké, qui protège le contenu du réseau. Reste à s’interroger sur ce qui est stratégiquement nécessaire de protéger comme échange ou comme contenu. Les early adopters devrait être les officiers ministériels : commissaires-priseurs, notaires, huissier de justice, avocat, … et en formation les titres et diplômes nationaux. 

Cette sécurisation est d’autant plus forte qu’elle est renforcée par une sécurisation de la traçabilité. Une fois entrée, l’information ne peut jamais être écrasée. Chacun peut la modifier en ajoutant une information, ce qui constitue un nouveau block dans la chaîne, mais chacun sait qui est à la source de cet ajout. C’est ce que l’on appelle la « preuve du travail ». Qu’est ce qui existe en formation ? BCDiploma, start-up française née en 2017, propose de stocker les diplômes sur la blockchain. Cette traçabilité permet d’identifier toutes les falsifications sur les CV et donc lutte contre les fakes news. Voilà qui lutte contre les 75 % de CV tronqués (selon l’Institut Florian Mantione). Cette plus grande transparence permet de valider d’autres formes de marqueurs sociaux comme les open badges pour leur donner une véritable traçabilité sur la contribution de chacun. 

2, La blockchain est un réseau social décentralisé 

La blockchain est une technologie qui permet un fonctionnement sans organe central de contrôle. Chaque transaction est distribuée à tous les nœuds du réseau (les ordinateurs de la blockchain) qui conservent ainsi une copie de la transaction. Chaque ordinateur a la même information au même moment, ainsi que tout l’historique des échanges permettant à chaque utilisateur de vérifier la validité de la chaîne. C’est ce que certains appellent “l’ubérisation d’Uber”, on parle de réseau acéphale, sans tête. Ce qui est une bénédiction pour tous les mouvements libertaires ou autogestionnistes. Cette confiance partagée favorise le pair à pair et la traçabilité de la contribution de chacun dans des communautés apprenantes. Finis les 10 % qui travaillent pour les 90 % sans reconnaissance en retour. 

Avec une posture particulière comme « la blockchain de consortium » dans laquelle le processus d’approbation est contrôlé par un nombre restreint pour choisir les nouveaux blocks. Par exemple, un organisme de formation pourrait réunir 10 experts dans une compétence pour organiser une blockchain, avec un processus transparent et sous le regard de tous… une nouvelle éthique de vue pour les sachants. D’autres évolutions ont vu le jour avec ce que certains appellent la “blockchain deuxième génération” qui permet de donner des tokens spécifiques qui donnent des droits spécifiques, comme des droits de vote double ou triples. Cette spécificité permet de hiérarchiser le pair à pair pour mettre en valeur les tokens soit les plus sachants, soit les plus engagés dans le réseau, les fameux influenceurs. Cette deuxième génération favorise l’acceptabilité sociale de la technologie. 

3, La blockchain est une technologie portable 

La blockchain assure la portabilité de l’information. Avant la blockchain, lorsqu’un membre quittait une plateforme, il perdait toutes ses données, son historique ou sa réputation, même si la RGPD a changé quelque peu la donne … avec la blockchain il y a portabilité ce qui permet la réalisation du fameux portfolio des compétences qui n’a jamais trouver sa technologie. Si le collectif s’engage dans cette opportunité, cela peut représenter une nouvelle liberté pour l’apprenant propriétaire de ses données. 

La blockchain est née de la défiance. En 2008, les autorités bancaires ont triché et se sont entendu pour le faire, c’est dans ce cadre que le bitcoin est né, contre les autorités monétaires. Cette vision est bien résumée par l’article de Sarah et Ben Manski, en 2018, qui ne titrait “Pas de dieux, pas de maîtres, pas de codeurs ? L’avenir de la souveraineté dans un monde de blockchain”. Les auteurs prônent la création d’une myriade d’organisations autonomes décentralisés qui de facto concurrenceront les GAFAM et les BATX… en quelque sorte une nouvelle forme de l’internet. La blockchain ouvre la question de la souveraineté qui a un sens particulier dans le e-learning. Mais on confond souvent la cause et l’effet. Une invention n’a de sens que si elle se socialise, permettant ainsi l’ouverture d’une trajectoire technologique. Et la meilleure façon de socialiser des contenus en formation est de créer des usages comme par exemple la LGC, Learner Generated Contents, avec toute la traçabilité de la technologie. Il s’agit d’un changement culturel par rapport à l’Organisation Scientifique de la Formation… mais la technologie n’a rien à y faire, pour qu’elle fonctionne la blockchain doit trouver des usages qui font société. Comme quoi la technologie a parfois le dos large. 

‎Fait à Paris, dans sa version originale le 16 ‎avril ‎2018, dernière modification 30 septembre 2020 

@StephaneDiebold