Qu’est-ce que le Metaverse peut apporter à la formation ?

par | 25 octobre 2022 | Technologie

Le 11 octobre 2022 était la Meta Connect 2022, la keynote du groupe Meta. C’est la première Meta Connect puisque la précédente keynote annonçait le lancement de l’appellation Meta et du projet Metaverse. Mark Zuckerberg s’était donné 5 ans pour réussir… un an après le lancement, il fait le point. Que faut-il en penser ? Si la question est principalement tech, elle est aussi edtech, et réinterroge la relation entre la formation et le Metaverse. Faut-il engager la formation dans le Metaverse ? Le Metaverse, est-il l’avenir de la formation ?

1, Le Metaverse, est-il notre ami ?

Pour avoir une restitution de la Meta Connect 2022, en moins de 10 minutes, voici un lien : https://www.youtube.com/watch?v=F0uRvxQB-uA. Que peut-on en dire ? Mark Zuckerberg propose le casque Meta Quest Pro. C’est un casque destiné comme son nom l’indique aux professionnels. D’ailleurs son positionnement prix le montre, 1 800 € alors que Quest 2 était autour de 500 €. Le prix est un faux problème, car avec le temps, il devrait baisser, ce qui compte, ce sont les usages. Et d’ailleurs, si l’on compare avec l’HoloLens 2 qui coûte autour de 3 500 €, on est dans la fourchette. Surtout si l’on sait que le Meta Quest Pro fait tout à la fois réalité virtuelle et réalité augmentée, deux en un. La barrière à l’entrée de l’argent existe, mais devrait s’estomper dans le temps, Mark Zuckerberg propose d’ouvrir l’expérience aux non-casqués, on pourra participer avec son ordinateur ou son smartphone à l’expérience Metaverse. Cela augmente le taux d’acceptabilité sociale. Ce qui est vrai, et on pourrait augmenter l’acceptabilité technique en acceptant le casque universel, permettre à chaque casque, comme aujourd’hui chaque ordinateur d’ouvrir Meta. La notion de « liberté » prônée par Mark Zuckerberg, est limitée par les contraintes économiques.

La grande nouveauté est l’avatar. Il suffit à l’usager de scanner son visage en quelques minutes, de faire des grimaces pour voir comment bouge son visage en matière d’émotions. Et quelques heures après tout est paramétré, on a un avatar hyperréaliste. On se rappelle peut-être de Neon de Samsung aux CES 2020 qui permettait de programmer l’ensemble de ses micro-signaux, on retrouve avec Meta Quest Pro, la même chose mais en direct live. Si je me mordille la lèvre, dans mon casque, les capteurs le transmettent en temps réel à mon avatar et mes interlocuteurs verront mes micro-signaux en direct, comme l’illustre https://www.youtube.com/watch?v=jpsQ2k5IT-I. La relation devient plus interactive. C’est ce qui fait sortir l’avatar de la vallée de l’étrange et construire ainsi son acceptation sociale. C’est une innovation majeure. Et on peut aller plus loin que la personne, en scannant les objets de notre environnement et en les intégrant dans notre réalité virtuelle. Ainsi, il est possible de reproduire son espace personnel dans le Metaverse, inviter ses interlocuteurs non dans une salle de travail Horizon standard, mais dans mon propre bureau ou un tout autre univers qui nous ressemble. La personnalisation facile du virtuel.

Les manettes du Quest Pro sont plus petites que la version précédente et sont dotées d’un retour haptique particulièrement sensible. Cela permet par exemple lorsque l’on peint de ressentir le mouvement du pinceau et donc d’affiner sa pratique. Les manettes peuvent être remplacées par un bracelet qui détecte les mouvements de la main ce qui permet de transmettre l’information directement à l’avatar. Par exemple, faire une saisie clavier dans le virtuelle et envoyer le mail dans le réel. Les inventions sont extraordinaires, reste à en faire des innovations intégrées dans les pratiques ordinaires des entreprises.

2, Le mariage arrangeant avec Microsoft

Meta s’associe avec Microsoft pour renforcer la démarche professionnelle qu’il avait déjà engagée. Dans le package d’Office 365, Azure Cloud, Teams et la messagerie Outlook, il y aura Meta en organique, et inversement Meta ouvrira à Microsoft. L’expérience du confinement a montré les limites de la Zoom Attitude. Il va devenir possible d’alterner les messageries et d’ouvrir des salles de travail en 3D. Et comme l’avatar est beaucoup plus proche de la réalité grâce aux micro-signaux, la relation deviendra plus fluide. Par exemple, la fonction tableau blanc, va permettre à l’animateur d’écrire avec la manette qui peut se doter d’un stylet et avec le retour haptique, il écrira comme en vrai pour le meilleur ou le pire. Chacun pourra regarder la tête de son voisin quand il apprendra une information nouvelle, ce qui fera un partage plus relationnel.

Cette ouverture est nouvelle dans la stratégie de Facebook qui a l’habitude de travailler avec son propre univers, c’est un signe de déploiement stratégique de bon augure pour la marque. Cela ouvre à de nouvelles fonctionnalités professionnelles. Par exemple, on peut recevoir ses mails, SMS ou appel téléphonique pendant une réunion, on peut alors s’isoler ou prendre l’appel devant le groupe suivant le type de situation. L’univers virtuel s’ouvre sur d’autres activités professionnelles. Cette intercompatibilité se fait aussi sur Messenger, Instagram ou WhatsApp où l’on peut utiliser son avatar. L’idée est de pouvoir faire un maximum de chose sur le Metaverse sans sortir de l’univers Meta et compagnies.

Les fonctionnalités évolueront dans le temps comme pour les autres produits. Mais d’ores et déjà, on peut prendre des photos ou des vidéos de la réunion, de l’expérience, de la learning expérition, comme en présentiel. Mais le virtuel présente aussi des spécificités que le présentiel n’offre pas. Par exemple grâce à l’usage de l’intelligence artificielle, à la fin d’une réunion, il est possible de demander de faire une synthèse des 5 meilleurs moments ou des 5 décisions prises, ou de faire une vidéo des moments forts, ou des moments où l’on parle de moi, de mes projets ou de la personne absente à la réunion, et, cela automatiquement. Dans les usages, il y aura un vrai gain pour lutter contre la réunionite. Le virage professionnel de Meta est particulièrement intéressant.

3, Et la formation dans tout ce potentiel ?

En 1964, McLuhan avait ce bel aphorisme : « le medium est le message », autrement dit, lorsqu’un medium comme le Metaverse voit le jour, une nouvelle grammaire voit le jour, une nouvelle façon de raconter ses histoires. Chaque meduim a sa propre pédagogie. Il est possible de faire de la pédagogie sur LinkedIn, mais pas de la même façon que sur Tiktok. Chacun a sa grammaire et sa façon de raconter son histoire, autrement dit la pédagogie Metaverse devra se construire avec ses propres usages pour atteindre les objectifs préalablement définis.

La réussite du Metaverse en formation, comme ailleurs, est dans la création des contenus. Ce sont les créateurs de contenus qui feront, ou non, de Metaverse une plateforme formative. Il faut massifier les créateurs de contenus pour sélectionner les meilleurs. Le Metaverse doit être ergonomique, intuitif et économiquement accessible. Les experts estiment que la massification de la VR se fera avec des lunettes qui avoisinent les 250 €. Alors la formation Meta pourra prendre, comme les smartphones et le mobile learning pour tous. Le problème n’est pas tant technologique que de qualité perçue pour les apprenants. Si la formation est bonne, les apprenants adhéreront. Supprimer les barrières à l’entrée est une condition nécessaire, mais non suffisante. Il ne s’agit pas tant de la massifier les contenus, et aujourd’hui, avec les 200 000 utilisateurs actifs mensuels, on en est loin. Seulement 1 % sont des créateurs de contenu. Soit il faut élargir la base, soit le taux de créateur, et le faire savoir avec une valeur sociale ou sociétale. Par exemple, libérer la formation ou tous formateurs, chaque apprenant devient auteur de sa formation, incarner une raison d’être.

Le Metaverse présente aussi un autre atout pédagogique, Le tracking eyes. Le masque détecte le mouvement des yeux et regarde ce que la personne regarde. On sait si l’apprenant regarde ce qu’il doit apprendre, mais on peut définir aussi toute une palette de profils d’apprentissage, calculer le temps d’attention maximun, la qualité de l’attention par exemple. Et si on conjugue le tracking eyes avec les émotions fondées sur l’analyse des micro-signaux, le profilage d’apprentissage s’en trouve révolutionné. Et les ajustements peuvent se faire en temps réel, fini le blind test apprenant. La prochaine version du Quest pro investira semble-t-il sur une augmentation de la qualité du scan rétinien, la trajectoire technologique se dessine. Cette technologie est très prometteuse pour la pédagogie en général et pour l’individualisation. Même si sa raison d’être du tracking eyes est plus marketing et commerciale, que pédagogique. Les raisons économiques peuvent ouvrir à des opportunités pédagogiques.

Le Metaverse doit apporter un plus social pour s’inscrive dans le temps. Le numérique est un atout extraordinaire, qui sort de l’ordinaire, avec des technologies particulières, comme par exemple le deepfake, un formateur peut automatiquement raconter n’importe quel contenu en favorisant la personnalisation de l’animation, la contagion émotionnelle et la fidélisation, si importantes en formation. Mais ce peut être aussi des agents conversationnels qui nous proposent comme c’est déjà le cas des séances de coaching personnalisées, des formations 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Tout est à faire, mais dans les usages. Le Metaverse est une ambition, qui verra le jour, ou non, avec Meta, ou non, l’avenir nous le dira, mais c’est une courbe d’apprentissage. Il s’agit de se lancer aujourd’hui, pour apprendre les codes et d’inventer dès à présent la formation de demain quel que soit le medium.

Fait à Paris, le 25 octobre 2022

@StephaneDIEB pour vos remarques

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