E-learning 2022, 10 tendances à surveiller

par 9/01/2022Pédagogie, Technologie0 commentaires

Comme chaque année, les premiers jours sont l’occasion de présenter ses bonnes résolutions pour l’année à venir. Nous ne faillirons pas à la tradition pour vous donner matière à réfléchir sur des points de vigilance. 10 tendances qui sont organisées de façon non-hiérarchique. Il s’agit de signaux plus ou moins faibles qui permettent de penser l’avenir du e-learning. Quelles sont ces tendances pour 2022 ?  

1, Le nugget learning 

Le nugget learning a une double acception, il signifie tout à la fois “pépites” d’or et “croquette” de poulet, la formation devient un fast-food, des pépites facilement digérables. Du point de vue de l’offre, il s’agit d’émietter les grains de formation en micro-learning ou snack content. L’ordonnancement, nécessite de réécrire ces contenus avec une nouvelle grammaire, ciseler les mots et les idées pour aller à l’essentiel et éviter ainsi l’infobésité et/ou le burn out attentionnel.  

Cette ergonomie pédagogique va permettre de construire des objectifs ambitieux. Il ne s’agit pas d’une dévalorisation des contenus. Par exemple, TEMNA a lancé une expérience “les 100 livres qu’il faut avoir lu en formation”, 300 mots par livre. Cela permet de rendre accessible des auteurs qui n’auraient jamais été lu et de construire une culture de qualité avec les auteurs de base. Le nugget learning est un outil qui voit petit pour voir grand. 

2, Les classes virtuelles  

La classe virtuelle est née massivement avec le confinement du 17 mars 2020. Bientôt 2 ans, le changement s’installe comme un changement durable surtout si l’on tient compte des interrogations sur d’éventuelles nouvelles vagues. C’est la massification du One to few (la classe virtuelle) et de son corollaire le One to many (les enseignements en visioconférence) qui complète le One to one existant. Qu’est-ce qui change alors pour 2022 ? 

La montée en puissance des outils d’animation. Une fois la classe virtuelle adoptée, encore faut-il l’animer. C’est le travail des applications comme Klaxoon, Beekast ou Wooclap qui permettent d’étoffer les classes virtuelles en créant de nouvelles expériences apprenantes à distance. Plus classiquement des sites comme miro.com permettent l’usage d’outils de collaboration particulièrement intéressant… tout est bon pourvu que l’on ait l’engagement de l’apprenant. 

3, Les podcasts apprenants 

Le podcast est la grande redécouverte de 2021 avec l’émergence de ClubHouse (création avril 2020) qui a révolutionné les usages et contraint les acteurs majeurs de se lancer dans l’aventure de l’audio en développant un écosystème audio. La formation a été impactée par le podcast qui est un outil particulièrement bien adapté pour la connaissance et l’enseignement, parfois même mieux que la vidéo qui souffre d’une image pas toujours inutile. On peut rappeler que l’audio favorise la réflexion plus que la vidéo. 

Les podcasts apprenants sont créatif dans l’émergence de nouveaux usages. On peut citer les Rooms audio qui favorisent l’interaction synchrone qui fait défaut aux podcasts canal historique. Mais aussi une start-up française Tumult qui vient de se lancer pour favoriser les commentaires asynchrones qui se déroulent au fil du podcast. La formation audio étoffe son catalogue de supports pédagogiques pour les apprenants. 

4, Les communautés apprenantes 

Les communautés apprenantes sont la clé de voûte de l’apprendre ensemble asynchrone, permettant à chacun de respecter son rythme d’apprentissage. Reste à animer les communautés apprenantes et donc à développer les compétences des animateurs de communautés autour du snack content, de l’infographie, de la vidéoïfication et surtout sur les pédagogies qui favorisent l’engagement. A minima, les communautés apprenantes sont le Service Après-Vente des formations, mais cela peut aller beaucoup plus loin. 

La communauté apprenante utilise de plus en plus des supports nouveaux qui favorisent les usages de mobile learning. On peut penser à des supports comme Signal, Telegram ou WhatsApps pour l’international. La pédagogie mobile ouvre des usages qui reste à construire et nécessite des interactivités plus fortes, à condition d’avoir construit une scénarisation ad hoc. 

 5, Les Master Class  

C’est le petit nouveau qui a connu son essor avec le confinement, la Master Class. Il s’agit d’un mini-MOOC dans le format avec une durée de 1 à 2 heures en moyenne. La différence est que contrairement au MOOC, il n’y a pas de date de départ et de fin, c’est une ressource mise à disposition qui peut s’engager à n’importe quel moment par l’apprenant.  

Les Master Class, ou classes de maître, dans sa traduction, doivent sélectionner des maîtres de l’expertise, pour mettre à disposition cette notoriété au service de la relation apprenante. On peut noter que cette personnalisation de l’expertise est un phénomène nouveau dans le monde de la formation professionnelle et que cela ouvre des opportunités intéressantes. 

6, Le Learner Generated Content (LGC)  

C’est le Graal de l’interaction, redonner la main aux apprenants. Les pédagogues inversent la pyramide de la transmission des savoirs, c’est l’apprenant qui produit le contenu et c’est l’animateur qui réalise la pédagogie pour atteindre les objectifs précités. Il s’agit par exemple de demander aux collaborateurs de filmer leurs pratiques ou leurs questionnements pour construire une pédagogie remontante, bottom up, et de réorganiser ensuite ses ressources pour en faire des produits de formation.   

L’avantage de cette pédagogie est qu’elle est plus proche des préoccupations du terrain et qu’elle permet ainsi une acceptabilité plus forte ainsi qu’une meilleure efficacité. C’est le vieux rêve numérique du knowledge management et/ou de l’intelligence collective, piloter les connaissances et les compétences à partir des situations terrain, le pratico-pratique. 

7, L’iconographie  

L’iconographie a connu une sensibilisation avec la notion de stories apprenantes, des collections de contenus photos et/ou vidéos qui mettent en avant les moments forts pour l’apprenant avec des punch lines, des stikers, des liens, … C’est ce qu’on appelle le “motion design” ou “motion graphic design” qui consiste à donner vie aux images et qui a un impact important pour capter l’attention et favoriser ainsi l’engagement et la mémorisation de l’apprenant.  

Reste au pédagogue à construire une ligne éditoriale et iconographique qui construit un univers formatif cohérent avec la charte graphique de l’entreprise ainsi que tous les autres outils d’animation.   

8, le LSAT  

Le Learner Satisfaction est un indicateur traditionnellement de la formation. L’obligation légale (article L6362-5 du code du travail) contraint les organismes de formation à fournir une fiche d’évaluation de la satisfaction des apprenants, le premier niveau de la pyramide de Donald Kirkpatrick. La nouveauté ne tient donc pas dans la nature de l’indicateur, mais dans son usage. Il existe des usages en temps réel, pour évaluer à plusieurs moments fort (et plus seulement à la fin) la satisfaction de l’apprenant pour chacun des différents grains. Mais l’usage peut s’ouvrir aussi au social scoring, créer des indicateurs que chacun peut voir et annoter (fini le LSAT “one to one”), c’est ce que la littérature appelle le TripAdvisor de la formation.   

Le LSAT nouvelle génération est un changement culturel. Il s’agit de centrer l’évaluation sur l’apprenant et d’accepter qu’il soit suffisamment adulte pour que sa satisfaction repose sur une acquisition bien comprise des connaissances et des compétences. Sortir l’apprenant de l’infantilisation pour en faire un acteur de sa transformation. 

9, L’immersif apprenant  

L’innovation majeure de l’immersif fut annoncé le 28 octobre 2021 au Facebook Connect, du Métaverse. ”Le métaverse sera le successeur de l’internet mobile” propose Mark Zuckerberg qui investit 10 milliards en 2021. Il se donne 5 ans pour réussir son pari. Si aujourd’hui, cela s’est traduit par un monde de SIM’S en VR, mais déjà, il a investi dans un gant haptique qui couplé à Oculus (Méta Quest) permet de belles promesses d’innovation. Si l’on projette l’ambition de Méta, ce serait de construire le Store de la réalité virtuelle et/ou augmentée, laissant aux développeurs la créativité des usages. 

Si l’on reste sur la formation, Méta se propose de réinventer l’environnement de travail ainsi que l’environnement formatif. PwC montre que l’apprenant immersif est jusqu’à 4 fois plus concentré que leurs homologues en e-learning et 1,5 fois qu’une formation classique avec un meilleur engagement et surtout une meilleure mémorisation. Et ce n’est que le début de la révolution de l’immersif avec une offre qui reste encore modeste. A terme, il sera important de penser des indicateurs de Qualité de Vie en Formation avec une attention particulière sur le burn-out attentionnel et une construction de standards sociaux. 

10, L’IoT 

L’IoT, Internet of Thinks, l’internet des objets en français, qui est l’ensemble des objets connectés à Internet hors des smartphones et des tablettes pour éviter que la place des devices couvre l’émergence de l’IoT plus modeste. Fin 2020, il y a 12 milliards d’objets connectés dans le monde, pour moins de 8 milliards d’habitants. Grâce au développement de la 5G et les tests de la 6G, l’avenir est assuré, reste à construire les usages. En France, l’IoT a connu une croissance en 2020 par rapport de 2019 de 59 % selon GfK. La domotique représente la moitié du chiffre d’affaires et les wearable (montre, bracelet, lunette,) représente un tiers. La démocratisation des outils favorise l’émergence des usages. 

En formation, cela permet de mettre l’apprenant au centre de l’Internet, et non plus face à la machine, c’est une toute nouvelle perspective. Les wearables permettent d’obtenir une somme d’information en continu, ce qui ouvre à une nouvelle gouvernance des datas avec une politique de big data/IA et une montée en puissance du quantify-self, permettre aux apprenants de s’évaluer directement et ainsi de piloter directement leurs apprentissages. 

& LE BONUS, coup de cœur, Les prises de notes collectives 

Les prises de notes collectives sont un usage pédagogique qui permet aux apprenants de partager leur prise de note sous la supervision ou non du formateur. Collabpad, NoteBuddy, Supernotes, Framapad, et tant d’autres gratuits qui donne une réalité particulièrement intéressante au pair à pair. 

Fait à Paris le 10 janvier 2022 publié par Focus RH

@StephaneDiebold