E-learning 2026, 10 tendances à surveiller

par | 10 février 2026 | Pédagogie, Responsable de formation, Technologie

9ème Baromètre

Après plus de quarante ans d’existence, la formation numérique entre dans un âge réflexif : elle ne se contente plus de diffuser des contenus, elle met en scène des tendances nouvelles. Ce baromètre 2026 ne hiérarchise pas les tendances. Il propose simplement une cartographie des chemins à explorer. À chacun d’y tracer son chemin en fonction de sa stratégie et de ses propres spécificités.

1. L’agent conversationnel comme compagnon d’apprentissage

L’agent conversationnel quitte le statut d’outil pour devenir compagnon. Une présence dialogique continue, disponible, capable de soutenir l’effort cognitif dans la durée. Nous assistons à un retour de l’oralité augmentée : apprendre redevient une conversation.

L’enjeu n’est pas technologique mais relationnel : quelle place donnons-nous à cette présence artificielle dans la relation apprenante ? Formateur, tuteur, sparing partner, coach ? Le compagnon d’apprentissage investit l’émotionnel, il n’enseigne pas seulement : il accompagne le désir d’apprendre.

2. L’assistant numérique comme collaborateur apprenant

L’assistant numérique, ou agent numérique, dans le sens agency, argentivité, capacité d’agir, est le fait que l’agent conversationnel classique devienne un acteur. Il n’est plus seulement dans le dire, il est aussi dans le faire. Sur une simple demande, il est capable de prendre la main sur l’ordinateur pour réaliser seul des actions comme remplir une attention des stages, et même contrôler lui-même sa production.

2025 a été l’année du lancement des expérimentations de masse. 2026 peut devenir l’année du déploiement à grande échelle, de l’industrialisation et de l’intégration dans les processus métiers. Le passage à l’échelle posera alors une question centrale : non plus, ce que l’assistant numérique sait faire, mais ce que les organisations et les collaborateurs acceptent réellement de lui déléguer.

3. Le formateur augmenté comme créateur d’écosystème apprenant

Face à l’industrialisation des contenus et à l’automatisation croissante de la production pédagogique, émerge une figure centrale : le formateur augmenté. Non plus simple auteur isolé, mais architecte d’un écosystème pédagogique multisupport, articulant textes, audio, vidéo, IA, interactions et temps collectifs.

Le formateur augmenté ne produit pas un stock de contenus : il orchestre des médias, scénarise des parcours, choisit les bons supports au bon moment. Sa valeur ne réside plus dans l’exclusivité du savoir, mais dans sa capacité à donner du sens, de la cohérence et du rythme. Il devient metteur en scène d’un environnement apprenant vivant, évolutif et incarné.

4. L’apprenant augmenté : de l’usager au producteur de savoir

L’apprenant cesse d’être consommateur pour devenir auteur de son parcours pour reprendre le terme d’Ivan Illich. Apprendre, c’est produire, reformuler, transmettre, laisser une trace. Avec le développement du Learner Generated Content, les contributions des apprenants deviennent une matière pédagogique à part entière, réutilisable, commentée, enrichie dans le temps.

Cette dynamique transforme profondément la pédagogie : la compréhension ne se mesure plus seulement à la restitution, mais à la capacité d’expression, de mise en récit et de transmission. L’apprentissage devient une œuvre en cours, un processus visible et partageable, dans lequel chacun participe à la construction d’un savoir collectif vivant.

5. Les communautés apprenantes comme scène sociale de l’apprentissage

Les communautés apprenantes s’imposent comme lieux centraux de l’apprentissage contemporain. On y acquiert des compétences, mais aussi des normes et une identité professionnelle. L’apprentissage s’inscrit dans une dynamique collective. Synchrones ou asynchrones, elle incarne une communauté de pratique vivante, de véritables communions apprenantes.

Apprendre ensemble ne signifie plus seulement échanger des informations, mais partager des expériences, des doutes, des réussites, et construire un sentiment d’appartenance. La communauté ne fonctionne pas uniquement par la technologie, mais par le rythme, les rituels, les moments synchrones et asynchrones des engagements L’émotion collective devient alors un levier pédagogique à part entière.

6. Les pédagogies immersives : apprendre par l’expérience vécue

L’immersivité se contente plus de montrer, mais mobilise désormais non seulement la vue et l’ouïe, mais aussi le corps, grâce à des dispositifs comme le retour haptique, les interactions gestuelles ou les simulations sensorielles, qui renforcent l’ancrage des apprentissages dans l’expérience vécue.

Parallèlement, l’intelligence artificielle abaisse fortement les barrières à l’entrée pour concevoir ces expériences. La création de contenus immersifs, autrefois réservée à des équipes spécialisées, devient progressivement accessible aux formateurs et aux organisations, permettant de produire des scénarios adaptés aux contextes réels. Enfin, une démocratisation du contenu immersif.

7. L’ingénierie des plates-formes, vers une nouvelle érotisation de l’apprentissage

Les plates-formes évoluent d’un modèle LMS centré sur la diffusion de contenus vers des logiques de LXP intégrant pleinement l’apprenant dans le processus. Il ne s’agit plus seulement de pousser des modules, mais d’organiser un équilibre entre push et pull, où l’apprenant choisit, produit et partage. Des pratiques comme le Learner Generated Content ou la pairagogie transforment la plate-forme en espace de contribution.

Ce déplacement ouvre un nouvel usage des learning data : non plus seulement suivre des parcours, mais connaître réellement l’apprenant, comprendre ses intentions, ses rythmes et son désir d’être auteur de ses apprentissages. Le vieux rêve des fondateurs du concept du LXP : devenir un « Netflix de la formation.

8. Le shadow learning, ce que les apprenant apprennent sans nous

Une part croissante de l’apprentissage se fait en dehors des dispositifs officiels. C’est le shadow learning. Beaucoup de professionnels développent ainsi des connaissances et des compétences directement utiles à leur métier, sans le dire, par crainte d’abîmer leur image professionnelle ou de révéler des fragilités dans leurs pratiques : réviser sur TikTok serait mal perçu.

Ce phénomène interroge le pilotage de la formation. L’enjeu pour l’entreprise n’est pas de stigmatiser ces apprentissages invisibles, mais au contraire de les reconnaître, de les encourager et de les réinternaliser. Par un véritable marketing des savoirs et de la formation, il devient possible de garder la main sur des compétences invisibles que l’on rend visibles.

9. Les certifications privées : une nouvelle opportunité sociale

Les certifications privées gagnent en légitimité. Rapides, ciblées, alignées sur l’opérationnel, elles donnent une agilité nouvelle à la reconnaissance des compétences dans des métiers qui évoluent très vite. Les dispositifs comme les Open Badges permettent de certifier au plus près des pratiques professionnelles.

Cette reconnaissance plus souple ouvre des possibilités stratégiques pour les organisations, à condition de savoir piloter ces outils. La décentralisation de la certification n’est pas une perte de contrôle, mais un levier pour développer un avantage stratégique durable.

10. Vers de nouvelles métriques de l’évaluation

L’évaluation quitte progressivement le registre du résultat pour entrer dans celui de l’apprenant. Notes et scores cèdent la place à des indicateurs continus : attention, régularité, persévérance, capacité à coopérer ou à reformuler. Portées par les algorithmes pédagogiques et les outils issus de l’e-santé cognitive, ces nouvelles métriques rendent visibles des dimensions longtemps invisibles, notamment les soft skills. 

Ce déplacement est profondément politique. Mesurer, c’est choisir ce qui compte. L’enjeu n’est pas d’évaluer davantage, mais d’évaluer autrement : faire des métriques non des instruments de contrôle, mais des outils de réflexivité, au service d’une nouvel autonomie de l’apprenant.

Coup de cœur : Les robots apprenants, comme partenaire d’entraînement

Jensen Huang définit le robot comme une IA physique, capable non seulement d’exécuter, mais de montrer, guider et entraîner. Dans les métiers techniques, industriels, médicaux ou de service, ces robots deviennent des partenaires d’apprentissage situés, capables de reproduire des gestes, de corriger en temps réel et de permettre un entraînement répété sans risque.

Ce déplacement transforme la pédagogie professionnelle. L’apprentissage ne passe plus uniquement par l’explication ou la simulation numérique, mais par l’interaction avec un artefact qui incarne le geste et le rythme du travail. Le robot apprenant doté d’une agilité de plus en plus forte devient un acteur de l’apprentissage des apprenants.

Le e-learning n’est plus simplement un marché pédagogique, il est devenu un fait anthropologique.

Fait à Paris, le 10 février 2026

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