LES ESTIVALES 2026, Le nouvel apprenant est arrivé, 3
La notion d’apprenant est une notion qui dépend des époques et des contextes sociaux.
Aujourd’hui, en période de disruption, la définition se cherche.
La dynamique collective semble tenir la corde : mobiliser l’intelligence collective, construire des learner experiences partagées prend une dimension centrale dans la formation. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des savoirs, mais de refaire du commun autour de l’acte d’apprendre.
L’apprenant n’est plus un individu face à un contenu, mais un acteur engagé dans une communauté apprenante qui favorise les interactions, les échanges ou les coopérations.
Refaire société.
Emile Durkheim avait cette belle formule, « effervescence collective » (Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912) autour de la formation.
Si l’apprenant est relationnel comme nous l’avons vu, il est aussi émotionnel.
Michel Maffesoli parlait dès 1988 des « tribus » (Le temps des tribus), des tribus apprenantes, des regroupements qui se structurent autour d’émotions, de sensibilités communes ou d’expériences vécues.
L’apprenant apprend pour développer ses compétences, mais aussi pour rejoindre une communauté, construire une identité professionnelle, d’où l’importance des métiers.
La fiction de l’apprenant s’enrichit de l’émotion.
Michel Maffesoli parle de « communions émotionnelles » (Homo eroticus, 2012), communion apprenante.
C’est un phénomène qui a fait son entrée dans les sciences de l’éducation avec le travail d’Antonio Damasio et son fameux « L’erreur de Descartes » (1995) où il démontre que les processus cognitifs sont très fortement influencés par l’émotion.
Les marqueurs somatiques orientent l’attention, facilitent le choix et favorisent la mémorisation. L’émotion n’est plus opposée à la raison, elle en constitue une des composantes.
Certains parlent de raisons sensibles.
Le succès des pédagogies festives n’est pas seulement celui du divertissement, il révèle la recherche d’une nouvelle forme de socialisation du savoir.
Dans notre période de Renaissance numérique, on retrouve des auteurs comme François Rabelais, qui proposait une vision qui fait résonance. La devise de l’Abbaye de Thélème était : « Fais ce que tu voudras » (Gargantua, 1534).
L’homme n’apprend véritablement que lorsqu’il désire apprendre.
La désirabilité devient un moteur de la formation.
La désirabilité sociale est le marketing de la formation, ou mieux, le design de la formation pour montrer la dimension émotionnelle du passage à l’acte.
Cinq siècles plus tard, cette notion est d’une actualité étonnante.
La révolution est rabelaisienne.
Le précepteur de Gargantua, Ponocrates, décrivait son éducation : « il étudiait avec tant d’ardeur qu’il ne perdait pas une heure du jour, et trouvait un plaisir extrême d’apprendre ».
Extrême plaisir, joie apprenante, la formation change de paradigme.
Le rationalisme de la modernité avec l’Organisation Scientifique de la Formation, s’est traduit par un émiettement des apprenants, au sens de Georges Friedmann. La révolution rabelaisienne propose un apprenant socialisé, acteur d’une aventure collective.
Le travail de la formation devient alors de construire ses territoires apprenants pour créer la rencontre. Philippe Meirieu parle de « la pédagogie de la rencontre » (préface de Pratiquer la pédagogie de la rencontre en éducation, Jean-François Horemans et Alain Schmidt, 2013).
Créer des rencontres, produire de la confiance, susciter l’envie… faire émerger une communion apprenante.
L’apprenant est à la recherche de cette proximité partagée.
La fidélité apprenante n’a de sens que si elle est portée par des envies de commun.
Edgar Morin parlait de « communauté de destin », mais une communauté qui fasse rêver l’apprenant.
Il est temps de penser l’apprenant comme un homme qu’il faut faire rêver.
La formation appelle une nouvelle socialisation des apprenants.
Fait à Paris, le 01 juillet 2026
@StephaneDIEB pour vos commentaires sur X
Source :
Sur la révolution rabelaisienne : https://affen.fr/pedagogie/responsable-de-formation-entre-revolution-schumpeterienne-et-revolution-rabelaisienne/


